Nom complet : Buckley “Bullet Buck” Morgan
Né : 21 février 1928, Muscle Shoals, Alabama
Disparu : 8 juin 1971, Le Mans, France (jamais confirmé)
Disciplines : Stock car · Dirt track · Vitesse pure · Endurance
Équipes : Morgan Speed Garage (US), Hawthorne Motors (US / Europe)
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L’huile dans le sang, le feu sous le capot
Né dans un garage d’Alabama, Buckley Morgan grandit avec une clé à pipe dans une main et l’odeur d’essence dans le nez. Dès l’âge de douze ans, il démonte un moteur les yeux fermés et le remonte à l’oreille. Adolescent prodige des circuits illégaux du Sud, il remporte ses premières courses sur terre battue au volant de voitures bricolées au fond du garage familial, assemblées à partir de pièces récupérées — parfois empruntées, pour ne pas dire volées.
Son style est agressif, instinctif, brutal. Le public le surnomme rapidement “Bullet Buck”, la balle du Sud, pour sa façon de traverser la piste comme un projectile sorti d’un canon. Il gardera ce nom jusqu’à la fin, peint sur ses capots puis tatoué sur son avant-bras.
Ses parents, mécaniciens bourguignons originaires de la région de Dijon, quittent la France à la fin des années 1920, attirés par l’essor industriel américain et les grandes promesses de l’automobile. Ils ouvrent un petit garage indépendant en Alabama, apportant avec eux une culture de la mécanique précise, exigeante, façonnée par l’artisanat français.
Buckley grandit ainsi entre deux mondes : la brutalité des pistes américaines et la rigueur technique bourguignonne transmise à l’établi. Américain de nationalité, il revendiquera toujours cette double origine — des mains façonnées en Bourgogne, un moteur forgé en Amérique.
Le roi des courses brutes (1949–1957)
Pendant près de dix ans, Bullet Buck fait la pluie et le tonnerre sur les circuits de stock car américains. Il ne roule pour personne, sauf lui-même. Sa machine de prédilection est une Chevy Bel Air 1955 surgonflée et sans compromis, surnommée “The Widowmaker”, réputée pour briser les dos autant que les chronos.
Toujours vêtu de cuir noir, lunettes d’aviateur fendues sur le nez, il pilote sans casque jusqu’en 1954. Il gagne des dizaines de courses et impose une philosophie devenue légendaire :
« Un moteur, ça doit hurler jusqu’à ce que quelque chose casse.
Si rien ne casse, tu roules trop doucement. »



L’appel du sel et des records (1958–1962)
À partir de 1958, Buck change de cap. Direction Bonneville, les salt flats du rêve américain. Il se lance dans la quête absolue de la vitesse pure avec un prototype maison baptisé “Double Barrel” : deux V8 montés tête-bêche, développant près de 1100 chevaux.
En 1961, il atteint 276 mph (444 km/h). Lorsqu’on lui suggère de passer à l’injection, il refuse sans hésiter :
« Le carbu, c’est vivant.
L’électronique, c’est pour les machines à laver. »



Le détour par l’Europe (1963–1968)
Le Yank qui a fait trembler Maranello…
En 1963, un ancien mécano de Daytona l’invite à rejoindre une écurie privée américaine engagée aux 24 Heures du Mans. Lui qui n’a jamais vraiment pris un virage à plus de 150 km/h accepte, intrigué. Il débarque en France avec ses bottes crottées, ses clopes sans filtre et un accent capable de faire fondre une boîte de vitesses.
Entre 1964 et 1968, il participe à plusieurs éditions du Mans au volant de prototypes américains bricolés. Il affronte des figures comme Carroll Shelby — qu’il surnomme “le vendeur de bottes texan” — et Ken Miles, qu’il respecte profondément :
« Ce mec conduit comme il respire — avec les dents serrées. »
Il côtoie aussi les Ferrari d’usine, qu’il appelle “les belles rouges qui détestent se salir”.
En 1966, il termine 7ᵉ au général à bord d’un engin instable surnommé “Black Betty”, plus habitué à dériver qu’à mordre la piste.
Le retour à l’ombre et la disparition (1969–1971)
Après 1968, Buck retourne aux États-Unis, lassé des bureaucrates européens et des ingénieurs aux mains trop propres. En 1971, il refait surface, annoncé comme pilote invité au Mans sur une voiture privée modifiée — un croisement improbable entre muscle car américain et prototype maison.
Le 8 juin 1971, lors d’essais nocturnes, Bullet Buck disparaît.
Sa voiture quitte la piste dans les Hunaudières. On ne retrouve que des fragments de jante, un gant brûlé et une plaque moteur frappée B.B. #71.
Le reste est absorbé par la nuit et la légende.



Un mythe roulant
Certains affirment qu’il a simulé sa mort pour vivre libre, quelque part entre le Mexique et le désert de Mojave, à retaper des vieux flatheads dans une cabane sans électricité. D’autres jurent l’avoir vu en 1984, à El Paso, sous une Pontiac GTO, son vieux tatouage “Bullet Buck” encore visible sur l’avant-bras.
Pour les passionnés, Bullet Buck n’est pas mort.
Il roule encore.
Quelque part entre le rugissement d’un V8 et le vent d’une grande ligne droite.
Le pilote qui peignait la vitesse
Derrière l’image du dur à cuire se cachait un artiste. Dans ses rares moments de calme, Buck peignait — non pas sur des toiles, mais sur des tôles rouillées, des capots cabossés, des portières arrachées aux carcasses de course. Les pinceaux, tachés de cambouis, traçaient des bolides lancés à pleine vitesse, des moteurs éventrés, des Harley et des prototypes en dérive.
Il disait souvent :
« Quand je peux pas conduire, j’peins.
Ça me calme. C’est comme régler un carburateur, mais avec des couleurs. »
Certaines de ses tôles ont circulé sous le manteau, échangées contre des pièces rares, des bouteilles de bourbon ou une nuit dans un garage chauffé.
Des fragments d’acier devenus fragments de légende.
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